Mélissa

La vérité

27 mai 2015. J’étais sans nouvelle de Mélissa depuis son premier traitement de chimiothérapie, une semaine plus tôt. Je me doutais bien qu’elle passait un mauvais quart d’heure. Mais en vérité, je ne m’inquiétais pas, je la savais entourée.

Puis est arrivé ce message :

Mes états

Mon rêve d’enfant

Enfant, je rêvais de devenir médecin, comme mes parents. Mon père m’emmenait souvent visiter des malades à domicile et c’était, pour moi, une immense fierté. Que tous ces gens habitent «à domicile», que je croyais être un village, me fascinait au plus haut point!

Mélissa

L’autosabotage

19 mai 2015. Mélissa était à Montréal pour recevoir son premier traitement de chimiothérapie. Je l’avais portée dans mon cœur tout au long de la journée, comme chacun des membres de sa famille, comme chacun de ses amis, certainement. Qui l’avait accompagnée? Son chum peut-être ou sa mère ou sa meilleure amie. Comment se sentait-elle? Avait-elle mal? Avait-elle peur?

Mélissa

La vulnérabilité

Mélissa et moi, on aimait écrire. On s’est beaucoup écrit. Un jour, au bureau, elle s’était confiée, comme ça, tout bonnement : « T’sé, ma vie, ç’a pas toujours été facile. Je te dis, je pourrais écrire un livre avec tout ce que j’ai vécu. Je l’ferai jamais. J’suis pas une écrivaine, mais… c’est mon rêve pareil. » C’est mon rêve pareil.

Après sa mort, quand j’en ai eu le courage, j’ai mis bout à bout tous les messages qu’on s’étaient envoyés : 40 pages de textos!

Mes états

L’inattendu

L’inattendu survient, même lorsqu’on croyait avoir tout prévu. L’automne où j’ai réalisé que je souffrais d’un trouble anxieux, j’ai également réalisé que j’étais enceinte. Je me souviens d’avoir regardé le test de longues minutes sans bouger, dans un état d’hébétude complet. Puis d’être allée en acheter un deuxième. Même constat.

Mélissa

Le cancer

Avril 2015. L’air était frais, le soleil, radieux.  On s’était donné rendez-vous dans un café. Je l’attendais, fébrile. Je réfléchissais à ce que j’allais lui dire. Qu’est-ce qu’on dit à son amie atteinte du cancer? C’était la première fois qu’une personne de mon entourage, jeune et pleine de vie, souffrait d’une maladie potentiellement incurable. J’étais perturbée.

Mes états

L’angoisse

Septembre 2008. Ma carrière de prof prenait son envol. J’avais une tâche complète pour la première fois : deux groupes auxquels j’enseignais la littérature française du Moyen Âge à 1899, deux groupes auxquels j’enseignais la littérature française de 1900 à nos jours. 15 semaines, 8 grands classiques littéraires, 133 étudiants, 9 évaluations pour chacun d’eux. Facile!

Pas tant que ça…

Mélissa

La tempête

Je crois que c’est d’abord cette tempête du début de la trentaine qui nous a attirées l’une à l’autre, Mélissa et moi. On arrivait au bureau chaque matin en poussant un soupir de soulagement. On avait réussi, une fois de plus. Car, Oui!, pour une mère de famille, arriver au travail à l’heure relève de l’exploit. Nos débuts de journée étaient de la grande magie.

Soudainement, on se transformait en caricature de nous-mêmes pour jouer les scènes marquantes de la veille ou du réveil. C’était presque une compétition!

Mes états

La maternité

Toutes les femmes qui ont des enfants pourront l’affirmer : être mère est un état en perpétuelle mutation. Il y a une manière d’être qui précède la maternité et une manière d’être qui suit la maternité. L’insouciance, la liberté; l’inquiétude, la culpabilité. La force aussi, et l’amour, inconditionnel.

Je suis devenue mère à l’âge de 26 ans sans l’avoir planifié. Je voulais des enfants, mais pas à ce moment. Pour moi, l’apprentissage de la maternité n’est pas simple. Je me sens si souvent dépassée, envahie, écrasée. Insuffisante. Ma mère, elle, n’a jamais semblé avoir de limites. Est-ce normal que j’en aie?

Mélissa

La peur

Ce matin, j’ai la peur au ventre. L’angoisse envahit mon corps et ma tête. Elle crée une tension douloureuse le long de ma nuque et de mes épaules. Elle rétrécit ma gorge. Elle m’insulte pour brimer ma créativité :

– Ce que tu fais est inutile. Ton projet d’écriture n’intéresse personne. Qu’est-ce qu’on va dire de toi?