Mes états

Anxiété, quand tu me tiens !

Je suis de nouveau plongée dans cette mer sombre et hostile où l’anxiété me domine. La force du courant m’entraîne vers le large. La violence des vagues m’assaille. Je souffre. Je n’arrive plus à organiser ma pensée. J’ai peur. Dès que je mets la tête hors de l’eau, une lame puissante me ramène vers le fond. Je tente d’émerger, mais je n’y arrive pas…

Pourtant, lorsque je ferme les yeux et que je me concentre sur ma respiration, mes muscles crispés se détendent. Je flotte sur les eaux turquoise de la mer des Caraïbes.  Je suis en voyage, libre et heureuse. La saisissante beauté de cet ailleurs me transporte dans un monde où l’anxiété n’existe pas. Je me laisse bercer par les vagues. Je savoure ma chance d’être là, sur cette île paradisiaque, avec ma famille que j’aime et qui m’aime. Je me sens bien, protégée, hors du monde et du temps.

Les premiers signes de rechute se sont fait sentir dès la fin des vacances. Il a suffi de quelques jours pour que l’anxiété me prenne toute entière, m’accablant de douleurs… réduisant ma pensée à néant.

J’ai mal. Car cette fois, j’ai vraiment cru que je pourrais réduire ma médication sans sombrer dans ce lieu de tourments et de larmes.

Au printemps, j’avais le vent dans les voiles. J’étais emballée par mes conférences. Je me sentais exactement là où je voulais être. Je prenais un plaisir fou à rencontrer les gens qui venaient m’entendre, à sentir que mon histoire les interpellait. Ces moments de partage me donnaient la sensation d’être plus vivante que jamais.

L’été s’est installé. Mes activités professionnelles ont ralenti, tout doucement. J’étais bien, si bien que je me suis dit: « Coupe donc la dose de moitié ! Cette fois, ce sera la bonne. Tu as tellement cheminé. Tu arriveras bien à calmer la bête. »

J’ai essayé.

Rapidement, j’ai constaté que je devenais hypersensible, m’emportant pour un rien, pleurant à la moindre occasion. Bah ! Le défi était un peu plus grand que je ne l’avais imaginé, voilà tout ! J’ai mis tous mes trucs en pratique : 8 heures de sommeil par nuit, activité physique 5 fois par semaine, séances de méditation, saine alimentation. J’ai fait des listes de tâches. J’ai partagé ce que je vivais à mon mari. J’ai tenté tout ce qui était en mon pouvoir pour y arriver…

Il y a quelques jours, une immense vague d’angoisse a déferlé sur mes épaules, me faisant perdre pied. Une angoisse de fond, omniprésente et paralysante.

C’est dans ce moment de grande souffrance que j’ai réalisé à quel point les deux dernières années m’avaient transformée. Mes abominables pensées étaient les mêmes : « Tu n’arriveras jamais à rien parce que tu n’es rien. » Mais, je ne les croyais plus. Je reconnaissais en elles les symptômes de mon anxiété, rien de plus. Je ne les laisserais plus jamais me détruire.

Ce soir-là, lorsque mon mari est rentré, je lui ai demandé de sortir sur la terrasse pour lui parler seule à seul. Avec une infinie tristesse, je lui ai exprimé ce que je ressentais :

– La journée a été extrêmement difficile. Ça recommence. C’est toujours cette peur obsédante de ne pas réussir ma vie. J’ai peur d’ÊTRE un ÉCHEC.

Il m’a offert le regard le plus empathique qui soit et je me suis réfugiée dans ses bras.

– Ma chérie, je sais à quel point c’est difficile pour toi, et tu n’as pas à endurer ça. Le trouble d’anxiété, ce n’est pas qu‘entre tes deux oreilles. C’est physiologique et tu as besoin de ta médication pour te sentir bien. Tu n’es pas faible pour autant. En fait, tu es la personne la plus forte que je connaisse. »

– Si tu savais à quel point je suis déçue… J’étais certaine d’y arriver cette fois.

– Ça n’a rien à voir avec tes efforts. C’est une maladie, Judith. Que tu le veuilles ou non !

Nous sommes restés enlacés jusqu’à ce que les enfants viennent nous rejoindre, intrigués.

– Qu’est-ce qui se passe maman ? a lancé ma fille de neuf ans.

– Eh bien ! Je me sens très mal parce que j’ai diminué mon médicament pour l’anxiété, et ça me fait vivre trop d’émotions.

– Ah ! C’est pas grave. J’ai une idée. Tu vas appeler le pharmacien et lui demander de te redonner ton médicament d’avant. Il est très gentil, j’suis sûre qu’il va dire oui si tu lui expliques.

J’ai éclaté de rire et je l’ai prise dans mes bras.

– Tu as raison, ma chérie ! C’est une excellente idée ! Je vais l’appeler dès demain.

Quel moment exceptionnel ! C’était si doux, si intense, si vrai. Il y a deux ans, je n’aurais jamais osé leur montrer ma vulnérabilité de cette manière. J’aurais sans doute projeté mon malheur sur eux, les accablant de reproches.

En reconnaissant ma vulnérabilité, j’ai appris à la nommer et à l’assumer sans me juger ni en avoir honte. Aux yeux de ceux que j’aime, je suis simplement humaine. En attendant de me sentir mieux, je me laisse porter par le courant.

J’ai confiance.

12 pensées sur “Anxiété, quand tu me tiens !”

  1. Julia dit :

    Je suis vraiment touchée par tes mots. Félicitations de reconnaître ta vulnérabilité avec tes enfants (et tout ton réseau) et de cheminer dans ton anxiété. Je suis fière de toi et je t’aime.

    1. Judith Proulx dit :

      Chère Julia, Je veux que mes enfants apprennent à reconnaître et à exprimer leurs émotions, c’est l’un des moteurs les plus importants de mon cheminement. Merci d’être une amie si précieuse! Je t’aime.

  2. Camol dit :

    Bonjour
    Le traitement est-il un anxiolytique ou antidépresseur ?
    Merci
    Bon courage

    1. Judith Proulx dit :

      Bonjour Camol,
      Le traitement appartient à la classe des médicaments antidépresseurs appelés inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine.
      J’ai recommencé il y a maintenant 4 semaines, et je me sens de mieux en mieux.
      Merci!

  3. Karine dit :

    J’ai hésité avant d écrire… mon éternel doute.. moi aussi prise avec de l anxiété qui m’a recemment engloutie provoquant l établissement d un état dépressif … j ai aimé te lire.. je me reconnaît dans plusieurs de tes phrases.. Tu paraît humble et courageuse… je tente de l’être tout autant… comme à chaque fois que cela nous assaille, il faut se souvenir que c est transitoire et qu avec persévérance et rigueur ( et compassion pour soi même) , c’est moments peuvent nous rendre encore plus belle a l intérieur, être une mère accueillante, juste et bonne et apprécier encore plus les moments de calme et de paix…. c’est en pensant à cela que je n abandonne pas et que j y vois un sens … La vie est belle .. nous la verrons ainsi en sortant de ce gros nuage passager ?

    1. Judith Proulx dit :

      Chère Karine,
      Si mes mots peuvent t’apaiser un peu et te permettre de te sentir moins seule, j’en suis très heureuse. Effectivement, ces périodes sombres et douloureuses ne doivent pas nous empêcher de voir le côté vibrant et coloré de la vie. Il faut garder espoir et continuer d’avancer, car notre mission en cette vie est de s’épanouir et d’être heureuses. J’en suis convaincue.

  4. kat dit :

    Judith, c’est un tel bonheur de te lire a chaque fois! Comprends-moi bien : je te souhaiterais tellement de ne pas vivre d’anxiete, pour ne pas avoir a tenir ce blogue. Mais ton authenticite est vraiment touchante!
    Et quelle progression depuis 2 ans! Tu reconnais cette affirmation comme n’etant pas la tienne, mais celle de l’anxiete; tu as ose montrer ta vulnerabilite a ta famille (tu es un super bel exemple pour tes enfants en passant). Il ne te reste plus « qu’a » lacher-prise sur cette maladie. Et a defaut d’accepter qu’elle fasse partie de ta vie, a t’adapter a sa presence. Pour cela, a chacun sa technique, a chacun son rythme, mais cela passe generalement par un changement de regard. Et si tu voyais la medication comme un enchantement de magicien pour te proteger du dragon anxiete? Ou l’anxiete comme les micro-champignons sur les racines d’un arbre : pas un envahissement parasitaire mais plutot une symbiose avec des echanges dans les 2 sens? Facile a dire, je sais et ca restera un travail regulier a faire, mais l’espoir est la! 🙂 Courage! 🙂

    1. Judith Proulx dit :

      Merci Kat!
      J’adore cette idée de voir dans la médication un enchantement magique plutôt qu’une horrible dépendance. Ce petit comprimé me permet effectivement d’étinceler en déployant tout mon potentiel et d’avancer sereinement sur mon chemin. Alors, pourquoi m’en faire? J’en ai besoin, un point c’est tout. Je progresse vers l’acceptation, il n’y a pas de doute là-dessus! Merci d’être là, de me lire et d’interagir avec moi. xx

  5. Jacques dit :

    Misère d’anxiété. Tu as toute mon empathie, c’est tellement souffrant. Personne ne mérite une pareille saloperie. Je te souhaite un retour rapide au tranquille, peu importe la manière. xx

    1. Judith Proulx dit :

      Souffrant, c’est bien le mot! Mais je me relève tranquillement, un jour à la fois. Merci Jacques!

  6. Sylvie Rodrigue dit :

    Merci Judith pour ces mots qui font du bien, qui font du Chenin.

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