Mes chroniques

Ma vraie motivation

15 octobre 2018. J’attaque la première tâche de ma journée : Compléter le formulaire d’inscription des Roses. Dès que les enfants partent pour l’école, j’attrape mon ordi et je commence : Quel est votre âge? Êtes-vous active? Avez-vous déjà pratiqué la course? Le vélo de route? La natation? 36, oui, oui, oui et oui! Trop facile! Jusqu’à ce que je lise la dernière question… et que je bogue. Pourquoi voulez-vous faire partie des Roses? Eeeeeeeh… Pourquoi donc?

Je suis restée sans mots pendant de longues minutes. Au fond, quelle était ma vraie motivation à m’entrainer avec ce groupe de femmes que je ne connaissais pas? Ou si peu… Je ne pouvais tout de même pas répondre que Manon m’avait convaincue en me disant que l’expérience avait changé sa vie et que j’espérais bien qu’elle change la mienne aussi! Non, il y avait quelque chose de bien plus profond, une motivation très personnelle que je devais arriver à exprimer.

L’activité physique faisait déjà partie de ma vie. Je venais de pédaler plus de 600 km au Portugal. Je pouvais très bien m’entrainer seule, comme je l’avais toujours fait, et m’inscrire au triathlon par moi-même si j’en avais envie. C’est alors que je me suis remémoré les événements sportifs auxquels j’avais participé depuis 2013…

D’abord des courses de 5 km, puis des 10 km, pour finalement tenter le demi-marathon d’Ottawa et de Montréal… À chaque fois, l’expérience était grisante et la sensation de dépassement de soi, vraiment intense. Mais, paradoxalement, je ressentais aussi une grande déception… à cause de mes temps.

Je sais, c’est ridicule! Mais j’aurais voulu courir plus vite, terminer le demi-marathon en moins de deux heures… performer aussi bien que mes amies. Et bien sûr, je ne me comparais jamais à moins bonnes que moi, toujours à mieux. Tout le problème était là : je ne pouvais m’empêcher de me comparer aux autres.

En y repensant, je vois bien que je ne participais pas à ces événements pour les bonnes raisons. Quand je regarde cette photo prise à Ottawa, le 24 mai 2015, je lis cette déception sur mon visage. Mes yeux n’ont pas l’éclat scintillant de la joie et mon sourire semble figé. Pourtant, j’avais toutes les raisons du monde de célébrer mon exploit. Je venais tout de même de courir 21,1 km. J’étais avec mon mari, nous avions relevé le défi. Qu’est-ce que je pouvais demander de plus?

J’avais tout pour être heureuse, mais une part de moi refusait de se réjouir. Je restais en suspens, entre mon cœur et ma tête, dans un espace où le contentement n’existait pas. Mes attentes absurdes et irréalistes me laissaient constamment insatisfaite et je ne me supportais plus ainsi. Je ne voulais plus vivre de cette manière-là. Alors j’ai su ce que je devais écrire.

La lettre que j’ai envoyée se lisait comme suit :

En décembre 2015, une de mes amies est morte du cancer. Durant les mois où je l’ai vue dépérir, dans la plus totale impuissance, j’ai réellement pris conscience de la valeur de ma vie. Je me suis promis, et je lui ai promis, de ne plus jamais laisser ma quête de performance et de perfection miner mon existence. Je me suis engagée à regarder vers la lumière et à honorer la chance que j’ai d’être en vie. Cette motivation profonde et intrinsèque ne me quitte plus.

Je suis certaine qu’en devenant une Rose, je vivrai une aventure exceptionnelle avec des femmes de tous âges et de toutes tailles qui ont choisi d’aller au-delà de leurs limites. Je ne veux plus m’entrainer en regardant constamment mes statistiques, ma cadence, mon rythme cardiaque. Je veux vivre l’aventure du dépassement de soi et être fière de moi, quel que soit mon résultat le jour de la compétition.

Elle était là, ma vraie motivation, alors j’ai cliqué sur « Envoyer » l’esprit en paix.

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