Mes états

La fracture… du cerveau!

Comment se fait-il que j’aie développé un trouble anxieux? Je veux dire, à quel moment la fracture est-elle survenue? Je sais bien que la chimie de mon cerveau est en cause, que ma génétique y est pour beaucoup, n’empêche que je n’ai pas toujours été si angoissée.

J’ai été une enfant inquiète (c’est vrai!), je manquais de confiance en moi (beaucoup!), mais je fonctionnais. J’avais réussi à forger mon caractère, mon identité, comme la plupart des enfants. C’est en revoyant une amie du secondaire, Laurie, que je me suis rendu compte du décalage qui existait entre l’image qu’elle avait gardée de moi, adolescente, et la femme que j’étais devenue.

Étrangement, j’ai l’impression d’avoir compris plus de chose sur moi-même en allant prendre un lunch avec elle qu’en discutant des heures avec ma psychologue. Ou peut-être étais-je simplement prête à comprendre ce qui s’était passé

J’avais pris la journée pour être à Montréal, pour sentir l’énergie de la ville et, surtout, pour revoir cette amie à qui j’avais fait lire les premiers articles de mon blogue – c’était 2 mois avant le lancement. Laurie a étudié en littérature, comme moi. Elle est aujourd’hui chef des contenus mode, beauté et culture au magazine VÉRO. Elle connait une ascension professionnelle que j’admire beaucoup. Je savais qu’avec elle, j’aurais l’heure juste.

Je l’attendais chez Tapas 24, dans le Vieux-Montréal. Elle est arrivée à peine en retard, souriante, l’air relax, chaussures brillantes aux pieds. Quel chemin parcouru depuis le secondaire! En même temps, elle était identique à l’image que j’avais gardée d’elle, même lumière dans les yeux, même vivacité d’esprit, même humour. Seule sa voix m’a parue différente, plus basse, plus posée. Je la sentais pleine d’assurance.

On avait tant de choses à se dire, tant de souvenirs! On s’est rappelé en riant nos cours de théâtre : Les Femmes savantes de Molière et l’adaptation rocambolesque de l’œuvre de Rabelais qu’avait réalisée notre prof. Quelle aventure!

Son heure de lunch était presque terminée quand on a finalement parler de mon projet… J’ai vu qu’elle hésitait, que quelque chose la rendait mal à l’aise. Elle n’osait peut-être pas me dire qu’elle n’aimait pas mes textes. Un silence embarrassant, puis cette question :

– L’anxiété dont tu parles, c’est vrai ça? Je veux dire, c’est bizarre! Je n’ai aucun souvenir que t’étais anxieuse. Au contraire! T’avais pleins d’amis, on riait tout le temps, tu t’affirmais… T’avais l’air…vraiment bien. Qu’est-ce que s’est passé?

– Je l’sais pas.

Je n’ai pas su quoi répondre, car je ne connaissais pas la réponse. C’était tellement étrange de me remémorer ce que j’étais à cette époque de ma vie, de réaliser l’assurance que je projetais – que je projette encore d’ailleurs. Le décalage qui peut exister entre ce que les autres perçoivent de nous et ce que nous ressentons à l’intérieur, c’est absolument fascinant!

Laurie et moi, on a eu du mal à se laisser après 1 h 30 tellement on passait du bon temps. Elle m’a fait visiter les bureaux de KOTV – j’étais tout excitée de me retrouver là! Puis, on s’est fait la bise en se promettant de se revoir très bientôt. On ne s’est pas vues depuis… On y arrivera bien!

L’important est que cette rencontre ait eu lieu et qu’elle ait fait naître en moi une profonde réflexion qui m’habite depuis 6 mois. Que s’est-il passé au début de ma vingtaine pour que je plonge dans cet état d’anxiété? À quel moment la fracture est-elle survenue?

Je crois que la brèche s’est ouverte au moment où j’ai cessé d’orienter mes choix en fonction de ce que j’aimais : le français, le théâtre, la musique, le chant pour être plus précise. J’aimais écrire. J’aimais chanter. J’aimais apprendre des textes et sentir la fébrilité avant d’entrer en scène.

Mais quand le temps est venu de penser à ce que je ferais plus tard, mes barrières intérieures étaient si grandes que j’ai tout abandonné. J’ai tiré un trait sur tout ce qui relevait des arts et de la créativité dans ma vie.

J’ai choisi les maths, la bio., la chimie, la physique, des matières que je n’aimais pas, mais dans lesquelles j’excellais. Je me suis inscrite au cégep en sciences de la nature, plutôt qu’en arts et lettres, évidemment! Et même si je détestais mes cours à en pleurer, il ne m’est jamais venu à l’esprit de changer de programme. J’allais terminer ce que j’avais entrepris, coûte que coûte, parce que j’avais une seule idée en tête, une idée fixe : devenir médecin, comme mes parents.

Quand j’ai vu que je n’y arriverais pas, que mes notes n’étaient pas suffisantes, j’étais complètement perdue. Je n’avais pas la moindre idée de ce que je voulais réellement faire de ma vie, mais je n’ai pas voulu m’arrêter pour réfléchir : «Voyons donc! Qui fait ça, réfléchir? En tout cas, pas moi! J’avais pas le temps de faire ça, penser à mon avenir. J’allais perdre mon temps, perdre une session!»

Je me suis inscrite au bac en littérature pour enseigner, et pour rien d’autre. Si ce n’était pas médecin, ce serait enseignante. Toutes mes tantes étaient enseignantes, je le serais, moi aussi. Surtout, ne pas sortir du cadre, ne pas transgresser les barrières!

La fracture, dans mon cas, est survenue après des années de mauvais choix, après des années à tout faire pour être «correcte», selon mes propres normes intérieures et selon celles des autres, sans même que j’en sois consciente.

Maintenant, c’est décidé! Je fais éclater mes barrières sans craindre les jugements et j’espère, en l’écrivant, vous aider à faire de meilleurs choix pour vous… sans souffrir d’une fracture du cerveau.

À toi, Laurie, merci!

Et à bientôt!

 

 

11 pensées sur “La fracture… du cerveau!”

  1. Richard Proulx dit :

    Très beau texte ma petite Judith, je constate en te lisant, ta grande maturité et ton évolution personnelle et spirituelle.
    Tu verras dans 10 ans, dans 20 ans, tu comprendras encore d’autres événements qui te feront grandir et comprendre qui tu es, où tu vas, et les choix que tu auras fait t’auront conduite Là où tu seras. C’est cela la VIE. Papa qui t’aime

    1. Judith Proulx dit :

      Merci papa de m’écrire ce beau message! Je t’aime

  2. Melanie dit :

    Wow my god, on a le même profil! Ne pas s’arrêter, faire plaisir aux autres, par craintes de déplaire. Les années passent et on se retrouve a 40 ans en maladie avec des douleurs… Notre corps parle… Il essaie de nous dire ce que notre tête ne veut pas entendre… Il faut alors foncer et ne pas écouter ses petites voix intérieures… Ce ne sont pas les bonnes, ce ne sont pas celles du coeur!

    1. Judith Proulx dit :

      À lire les témoignages que je reçois, je crois que nous sommes plusieurs à vivre ce genre de mal-être. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’en parler de manière très intime. J’espère, maintenant que j’ai franchi mes propres barrières, pouvoir aider le plus de gens possible. Merci de me lire Mélanie xx

  3. Marilyn dit :

    Merci de mettre des mots Si juste sur un phénomène que tellement de gens peuvent vivre …

  4. Isabelle Proulx dit :

    Hé bien… Je viens de te lire et c’est comme si c’est moi qui aursit pu le faire. J’ai également commencé à être anxieuse au CEGEP… Je me savais pas quoi faire et j’avais peur de « rater » ma vie… J’ai maintenant 40 ans et avec du recul, je comprends beaucoup de choses également. La vie est tout un apprentissage. J’ai compris une chose: le coeur ne se trompe jamais.
    Merci de ton texte qui m’a fait réfléchir énormément.

    (Nous ne sommes pas parentes)

    1. Judith Proulx dit :

      Ça me fait un immense plaisir Isabelle! Merci d’avoir pris le temps de m’écrire. xx

  5. Annie Michaud dit :

    Idem! J’ai 40 ans et je suis de retour au Collège Laflèche en éducation spécialisée après 20 d’errance…. enfin je suis mon coeur, mon talent et mes intérêts. J’ai du plaisir et je performe sans me forcer, tout naturellement! Je souhaite à chaque personne de trouver sa voie. Merci Judith de partager cette réalité qui touche beaucoup de gens!

  6. borvest inkral dit :

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